"Deux petites critiques si vous me permettez: un côté presque trop habile au service d'une rime (trop) systématique qui ne sert pas forcément la poésie
-mithridatise
-s'assurbanipalise
évidemment vous faites preuve d'érudition mais cela gâche parfois la spontanéité.."

M. M



Amorce

Coussins en rond de flanc
Tous rebondis, molles citernes
Qui pouëtent- De leurs flancs
Jaillit un gaz moderne


1. A parjure au regard foudroyant
Oppose un geste tempérant
Lissant sa figure
Ouvrant dans sa joue le chemin velu
Qui tresse ses dents.

2. Les froides damettes
En cercles fermés
Rompent leur squelette
Comme pain sacré
Et s’offrent la tête
En guise de pied
Rongeant l’orteil blet
Et l’ongle bleuté.

3. Carvaillan arriva en ville
Et s’englua dans les plaques de fils
S’emberlificotant
S’emmêlant patiemment
Jusqu’à ne plus former
Qu’un atroce plumet
En pinceaux rissolés.

4. Les altérophiles portent la culotte et la déshabillent
Rompant l'eau des sceaux
Brisant le carreau
De leur flaque d'os.

5. Au dernier lever, la chair se dessille
Et fend de son cœur
La flèche qui saigne
Au flanc qui la baigne.
6. Dans la guérite enflammée
Sous toit plombé
Les soldats se cirrhosent
De fil en cellulose.

7. C'est la nuit
Un gros bonnet d'orfaie vient calotter la chouette
Tout collé sur les tempes
Et ses yeux en soucoupe ont tourné dans sa tête
Comme des lampes

8. Jamais s'asseoir jamais pleuvoir
Attendre au fond de l'arrosoir
Tout droit dressé
Comme un pommier
Enrubanné
Le déversoir.

9. Les sacs à papier
Gorgés de frelons
Sont des vœux blessés
Froissés de pardons

Et la mer notoire
Roulant ses affronts
Claque ses armoires
Contre les grands fonds

Grisant le miroir
Noyant le bourdon
Qui maudit son nom
Dans l'eau de sa moire.

10. Les allemands forts et venus longtemps
S'en sont retournés dans le soir clinquant
En se démêlant comme fleurs de sang
Sous le doigt charnu du soleil violent.

11. Mon satan de paille
Mon amiral clos, ma cloche à vitrail:
Ton paquet de nerfs cogne dans la salle
Devant les yeux bleus des cardinaux mous.

12. Monsieur Quatorze a des ennuis
Par guirlandes sur sa couronne
Se déversant comme en automne
Les feuilles mortes sans faux pli.

13. A genoux sur la treille où l'écorce
Rugit
Porte un sceau aux oreilles que force
Un bruit

14. Les clameurs en papiers
Froissées
Se décalquent à l'heure
Fanées

15. Dés que l'aube assassine le champ
Un cerf noble et ramifié
Boit le reflet de forêt
Dans la flaque où s'éteint le croissant.

16. Asticot d'intérieur
A la tête en ciment
Aux anneaux alliants
Sur les doigts du dedans.

17. Madame Aplouse est venue tard
Par l'allée vide et le bois neuf
Donner du pain pour les canards
Et se souvenir de son veuf.

18. Descends dans les palmes au fond
Sous l'ongle des moignons
Sous l'os en opercule
Qu'on décapsule.

19. Les alvéoles du dedans
Sont des cœurs francs
Qu'on auréole de présents
De cadeaux blancs

Les auréoles du dehors
Sont des poids morts
Qu'on enlinceule sans savoir
De maillots noirs.

20. En gesticulant
On perd un temps fou
On compte ses dents
Quand on devient fou

21. Dans le creux des champs creux où s'emplissent les auges
Batifole la vache et ses pis ramifiés
Tanguent dans l'air pluvieux comme tuyaux crevés
Caressant les gazons que constelle la sauge.

22. A la table aux noyés
On boit de l'eau de mer
Dans des verres de fer

Puis on jette l'eau noire
Dans son gosier éteint
On s'avale les mains

Puis on les régurgite
Constellées de pépites
Et de diamants nains.

23. Dans sa sacoche
Il y a son cœur
Dans sa sacoche

Dans sa sacoche
Il y a un piège
Dans sa sacoche

Son pauvre cœur
Porte une encoche
Dans sa sacoche.

24. Les armes ont parlé
Et les canons tonné
Et dans ce bavardage
Aux allures d'orage
A volé un boulet.

25. Les aviateurs ont aviaté
La Traviata s'est traviatée
Et la trachée tranchée cracha
Sa salve de crevette hachée.

26. J'ai plu tant que j'ai pu
Malgré mon front grêlé
Et mon teint blanc de neige

J'ai eu plus d'un ami
Et plus d'un parapluie
M'a caché le visage

Mon visage de neige
Où mes yeux bleus de pluie
Tournaient comme au manège
Sous les intempéries.

27. César mange un cadavre en plomb
Et chie de l'or
Oscar mange un sac de nichons
Et bave au mors
Tandis que Balthazar
S'enfile un saucisson
De cochon mort.

28. Les aléoutiennes
Crèvent l'Océan
De mille persiennes
De pavillons blancs

Et ton bateau mou
Les frôle en bavant
Dans l'eau fait un trou
Et coule en sifflant

Ton pavillon noir
Croit faire des siennes
Mais coule sans voir
Les Aléoutiennes

29.
Scandale

Madame Pingo
A un lumbago
Monsieur Tabaga
A cassé son bras
Et Miss Tallebot
S'est mordu le dos!

30. Toinette ange à lolos
Qui tripote mes grelots
Bouche d'or et ventre chaud
Que perce mon sabre en peau
J'embrasse tes bibelots
Et m'efface en ton berceau.

31. Les caramels mous
Sont de gros crapauds
Et les sucres d'orge
Sont de fiers roseaux
Dans le lac gelé
Tout confituré.

32. La rime la rime
Il n'y a pas que
La rime la rime
Sacré nom de Dieu
Ah!

Et le rythme alors
C'est affaire de
Rime? Ah bon alors
Vraiment j'aime mieux
Ça!

33. C'est un poème nul
Farcis de vers modules
Qui font des rimes-bulles
(Exemple: libellule)
Qu'on oublie, ou qu'on brûle
Ou qu'on décapsule.

34. Des nèfles rebondis
Sur fond bleu d'abattis
Trichaient sciemment aux cartes
Tandis que des broutilles
Faisaient cuire des tartes
Dans des fours de folie.

35. La folie c'est selon
C'est une affaire en somme
De goût, affaire entre hommes
Ou de saison.

36. De lourds guerriers aryens
Suivaient le droit chemin
Du ciel bleu de leurs yeux
Qui ne servaient à rien
De rien.

37. Ce poème est igneuble
Mais la rime le sauve
Elle sauve les meubles

Ce poème est atroce
Mais la rime le sauve
Car elle lie la sauce.

38. J'ai perdu ma vie
Assis sur ce banc
Ce morceau d'ennui
Fondu dans le temps

J'ai perdu ma vie
Tout en attendant
Que vienne ma vie
Que j'avais pourtant.

39. Dans l'épave tordue du "Cadet de Gascogne"
Gisent des coffres noirs étranglés de sequins
Que choquent quelques fois les squelettes marins
Qui flottent et se tortillent, et tanguent sans vergogne
Dans les flots qui les drainent, les trient, les besognent.

40. Les baleines soumises
Vrombissent
Dans les vagues hélices

Et les phoques de mise
S'enlisent
Dans les flots jamais lisses.

41. Hélices
Hélices d’os
Qui se déchaussent
Dans les flots clos

Hélices d’eau
Qui vrillent l’or
Des flots tous morts

Hélice en peau
Qui cuit dans l’âtre
Comme un gâteau.

42. Boucles d’oreille
En sachets de salsepareille
Contenant des ingrédients
Qui brinquebalent, tous mous
Sur les sacs des joues.

43. Dans l’espace gluant
Tourne une planète en sang
Qui fait caillot dans l’infini
Et qu’on oublie.

44. Les étoiles piquantes
Font des vrilles dans le monde
Les mondes sont des billes
Qui tournent et s’aimantent
Dans l’eau des nuits profondes.

45. Au réveillon profond
S'éveille un noir convive
Dont la prunelle vive
Vacille au plafond

46. C'est une belle
Nuit de chandeleur
Mais il est l'heure
De souffler la chandelle
Et de peler le cierge
Jusqu'à toucher la vierge
Mèche.

47. Allons dans les bois guillotins
Trancher nos étourdies
Et grimper dans l'épais
Paquet de gibets
Où pendent des ennuis.

48. A l'occident pointe une étoile médiévale
Au cœur sanglant de cathédrale
Aux christs brillants sur le pimpant
Vitrail
Par lots de trois
Dont deux canailles.

49. Soyons religieux
Et baignons nos yeux
De larmes factices
-Prions pour le Christ!

Soyons respectueux
Et baissons nos yeux
Devant le calice
-Qu'il remplit pour nous
De vin chaleureux
De sang bienheureux
Exempt de malice
-Son cœur est tout mou!

L'âme est une éponge
Qu'on prend et qu'on plonge
Dans le trou béant
De son cœur sanglant

50. Les arbrisseaux violés dressent leur droit plumeau
Sous le soleil géant et les nuages beaux
- Dans le secret mouillé du buisson ravagé
Dort un gros tamanoir à la truffe mouchée.
Les mouches vont autour de son gros tas de corps
Une odeur apparaît: le tamanoir est mort!

51. Monsieur Papillon
S'arrache ses ailes
Et fait des dentelles
De ses deux moignons
Puis s'envole en l'air
Et, croyant bien faire,
-Pitoyable extase!-
Il tombe et s'écrase.

52. Les palmes sont fragiles
Et poussent dans les îles
Entre les eaux tressées
Sous le ciel tricoté
Coiffant les arbres mous
De plumeaux
Masquant les beaux oiseaux
De leur loup.

53. Dans les eaux profondes
Gisent les éponges
Qu'un mal sournois ronge:
Elles boivent l'onde
Et les flots vengeurs
Souvent les écoeurent.

Dans les eaux violentes
Gonflent les éponges
Et le temps allonge
Leur digestion lente.

54. Je cueille un fruit rond
Dans l'arbre perlé
Perle de fruit laid
Crevé d'un tampon

Je crève sa peau
Et croque sa chair
De mes dents de fer
De mes moignons d'os

Et dans l'estomac
Où je le digère
Le fruit me déçoit.

55. Mes amies sont girondes
Et leur peau est profonde:
J'y plonge mes appâts
Qui les mordent en bas.

Mes amie sont girondes
Et leur peau est féconde
Troupeau de buffles ras
Galopant sur leur bras.

Mes amies sont girondes
Et leur peau est bien ronde:
Boule de bras qui fond
Comme un œil de savon.

56. Dans les mers australes
Nage le rorqual
Qui plie sa caudale
Et tord sa dorsale
Et fait le gros dos

Dans les mers australes
Nage le narval
Dont le nez s'empale
Dans les plafonds d'eau.

57. Son nez fait l'autruche
Et dans sa narine
Poudrée de farine

Il gonfle sa ruche
D'abeilles toxines
De miel de ricine.

58. L'océan grelot
Gonfle ses ballots
De vagues de peau

Les vagues se froncent
Comme des rideaux

O Poissons qui foncent
Et tringlent les flots!

59. Je suis le rescapé
L'épave habitée
Le vieillard pionnier
Ma peau s'est creusée
Mon œil embué
Ma bouche affaissée

Mon cœur s'est cogné
Contre mes os sciés
Par l'adversité.

60. Dans les rondes cavernes
Qu'une orbite cerne
Cligne l'œil en mousse
D'un gros pamplemousse

61. Les moustaches sont apaches
Le cœur en sueur
Le cerveau en biseaux
Coupé de ciseaux
La barbiche est un pastiche
D'un Napoléon
Mis au panthéon
Ou aux invalides
Dans un cercueil vide.

62. Dormez, dromadaires!
Chômez les chameaux!
Un jour, pas trop tôt,
Viendra l'heure amère
De s'mettre au boulot!

63. Fronçant les plis étranges
De sa matrice en peau
Un être affairé range
Ses oripeaux.

64. Dans les catacombes
Il y a des tombes
Dans les catéchèses
Il y a des chaises
Dans les cataclopes
Il y a des taupes.

65. Je suis venu te mettre aux fers
Placer un sceau sur tes viscères
Et tordre tes anneaux tous nus

Je suis venu souffler le verre
Mettre un garrot sur tes artères
Et scier le nœud de viande crue.

66. Les altérophiles
Mangent des genoux
De viande fissile
Pour le goût

Les colombophiles
Mangent des embouts
De petits missiles
De chez nous

67. Dans la plaine en tôle
Galopent de drôles
Morceaux de chevaux

Ils passent le col
Qui monte et qui colle
Au-dessus des eaux
Et marquent le sol
De leur auréole
Avec leurs sabots

68. C'est un poème en contrebas
D'où l'on saute
Un haie de matelas
Bien trop haute

69. Sur le bord de leur miroir
Deux yeux blancs
Se poussent dans le trou noir
Qui les rend

70. Des dames d'obsidienne
Tapent un carton mol
Sur le bord de leur bol
Où trempent leurs mitaines

Et de ces écrins chauds
Pendent leurs doigts grelots
Semblables à des saucisses
Ou à des écrevisses.

71. L'estocade portée
A son cœur corrompu
Comme du pain rompu

Dévoile la couronne
Enfouie dans son corps laid
Sous sa couenne laitonne

72. Les fraises de dentelle
Rutilent dans l'assiette
Dans le sucre coupelle

Des doigts les déshabillent
D'ongle de peau qui pèle
Dévoilant leur attelle.

73. Dans les marais laiteux
Bouillonnent des clapots
De pleins baquets de peau
Crevés de tiges bonnes
Où se perchent, aphones
Des oiseaux d'escabeau.

74. Dans les marais lettons
Bavottent des crapauds
De pleins sachets de peau
Estampillés d'yeux mols
Scellés pour la saison
De paupières qui collent.

75. Dans les mers du Japon
Pluviotent des pluies d'eau
Des filets de ruisseau
Qui font des cercles ronds
Constellé de babioles
Des yeux gras qui rissolent

76. J'ai pris un bec
Dans son étui
L'ai fait claquer

J'ai pris un bec
Dans son sachet
Et je l'ai cuit.

77. Sous l'opercule
Gratte un module
Un ongle mou

Qui vient peloter la fibrule
Par en-dessous.

78. Dans les eaux lovées
Grouillent les orvets
Et leurs yeux clignotent

Sous les ponts mouvants
Grouillent les serpents
Qui font des pelotes.

79. J'ai rencontré la sœur de la sœur de ta mère
Et qui est par alliance une cousine
A la sœur de la sœur de ta propre grand-mère
Parvenue jusqu'à nous par des voies intestines.

80.
Ravalement
Dans les plis de ciment
D'un complexe moderne
Un peintre en bâtiment
Fait des yeux dans les cernes
De cette architecture
Ingrate et lentement
Il tisse un drap sanglant
Sur cette pourriture

81. Maxime et son vélo
Dévalent les côteaux
Côte à côte
Au galop

Arrivés tout en bas
Il s'emmêle les bras
Et les jambes au guidon
Et ça fait un chignon.

82. A l'horizon velu pointe un cavalier mou
Dont le chapeau pendouille et les pieds brinquebalent
Sur les plis de sa barbe, au dessus du nez pâle
S'ouvrent deux yeux béants qui fondent dans les joues.

83. Je suis un paquet nain
Plein d'objets surhumains
Qu'on remonte à la clef

Je suis un paquet long
Plein de sacs de citrons
Qu'on pèle pour manger

Je suis le paquet flou
Qu'on démaillote au bout
Dont la peau se retourne

Je suis le paquet rond
Comme le saucisson
On m'écorche, on m'enfourne!

84. Quand on est trahi
On se sent amer
On colle son œil au siphon

Quand on est trahi
Même la colère
A un goût de savon

85. Sur les plages feuillues
Dansent des flots chenus
Couronnés de diamants
Chiffonnés

Sur les plages velues
Roulent les flots changeants
Constellés de peau nue
Etoilée.

86. Dans les plis mous des langes
Dont on nous emmaillotte
Tremblent nos pieds sans bottes

Dans les plis creux des couches
Qui gonflent dans nos bouches
Nos dents sont des phalanges.

87. Sur les vagues crevées
De flacons chapeautés
Sous le soleil
Tanguent des messagers
Dans des bouteilles.

88. Le soleil est amolli
Et fond comme un ravioli
Sur les flots gris

Le soleil est un flocon
Qu'on étale à l'horizon
Quand il est cuit.

89. Les herbes pelées
Font des os de bras
Crevant la forêt
De fleurs de tibia

90. Au cœur des ramifications
Tordent des yeux pliés
Qui scrutent les horizons

Au cœur des ramifications
Hurlent des bouches niées
Qui crèvent de chansons.

91. Les alligators sont mesquins
Et leurs mâchoires crèvent le miroir
Les alligators dans le noir
Sourient de leurs mâchoires de requins.

92. En charente-poitou
On élève des poux
Qui crèvent les plafonds

Ils se dressent alors
Comme des plumeaux fous
Comme des miradors

Et dévalent le monde
En l'écrasant sous leurs
Chaussures à clous.

93. Madame Pinglaud
Mange un crapaud
L'intestin grince:
C'était un prince!

94. Au cœur de la clepsydre
L'eau déroule son hydre
Et chaque goutte toque:
En anglais, Water Clock.

95. Les masques en coton
Sur les nez molletons
Font des sortes de casques
Les pourpoints magnifiques
Qui sont du dernier chic
Sont tous flasques
Et le chapeau mou
Est un trou

96. A l'heure où brûlent les nuages
Sur les eaux claque
Un coup de mousquet - on attaque!

Vite, sur le pont, moussaillons
Gare à la claque!
Ils vont nous casser la baraque!

A l'heure où brûlent les nuages
Le bateau craque
Et l'on descend dans l'eau opaque.

97. Ses yeux sont des soucoupes
Qui lorgnent comme loupes
Les visages

Ses cheveux sont des branches
Qui poussent et embranchent
Leurs feuillages

Son cœur est un caillot
Qui gonfle dans sa peau
Sauvage

98. Le Seigneur de feu
Tape sur la table
Ebranle les cieux
Monotones

Le Seigneur des flots
Frappe du sabot
Sur la plage en sable
Et tonne

Le Seigneur d'en bas
Cogne son tibia
Contre la colonne
Inépuisable

99. Sa chevelure béante
Montre des dents de peau
Et sa langue hésitante
Pend sur ses poils de mots

100. Il est le noir seigneur du Continent mordu
Et son château poussif pend sur les lambeaux nus
De ce monde amputé, dont on ôta jadis
Et la moitié du corps et le tout de l'esprit

Perdu sur ce morceau de terre inconcevable
Où s'escriment en vain ses chevaliers minables
Ses dames amochies, leurs servantes débiles
Il regarde la pluie rouler dans sa sébille

Il est le noir seigneur du continent mordu
Et son château enflé gonfle son goître nu
Tandis que la pluie tombe et qu'elle emplit de billes
Le trou noir de son cœur où l'étoile scintille.

101. La poche glanduleuse
Qui lui fait un calice
Est poreuse

La flèche tentatrice
Qui le frappe en plein cœur
Est de beurre

Est le crotale atroce
Qui ronge son ardeur
Est un os

102. Invocation

Dans les peaux abîmées
Où ma gorge s'enroule
Se déroule

Un serpent bienveillant
Qui déploie son remède
Et qui m'aide

103. Parallèle

Les varans du Komodo
Lèvent le pied leur cuisse grise
Prennent des poses alimentaires

Les eskimos sur la banquise
Rêvent de phoque interstellaire
Dans leur igloo

104. La cantatrice atroce
Hurle un allegretto
Tandis qu’un pied véloce
Lui botte l’adagio.

105. Au confluent des trois rivières
Il y a un nœud de pierre
Où s’entrelacent filaments
D’eau plate, fins chignons d’eau claire

Franges de grenouilles
Tapissant les rives
Où le flot salive
Et les clapots mouillent

Au confluent des trois rivières
Il y a un caillou
Où s’entrelacent les serments
D’eau morte, petits moignons mous.

106. Le baron Samedi fait son nid
Dans les plis d’un chignon mignon
Fait de fils de pluie
En dégage un moignon d’oignon
Plein d’étincelles
Qui font un incendie.

107. L’insomnie nous ravage
Et nous vide le pot
Nous laisse comme peaux
Tendues sur son cerclage

L’insomnie nous attache
Et nous casse les os
Brisant notre cerceau
Disloquant nos moustaches

108. A la garden-party
Le président partit
En disant des gros mots

Les ministres marris
Se le tinrent pour dit
Et le débat est clos

109. A la clairefontaine
Les éléphants sont blets
Et tombent par dizaines

Dans le flot qui s'enchaîne
A leur trompe et les traîne
Au sein des vaguelettes

A la clairefontaine
Les courants se déchaînent
Autour de leur squelette.

110. A mi-hauteur on hésite
Les mains sont des pommes cuites

A mi-hauteur on a peur
Et le cœur fond comme beurre

A mi-hauteur on renonce
Et la foule nous dénonce

A mi-hauteur on s'entête
Et la corde pète

111. Dans les cieux charcutés d'os et d'éclats de lait
Passent les aigles laids
Dont les ailes cornées comme des calques clouent
L'air et tous ses remous

Dans les cieux balafrés de nuages obèses
Passent des pies mauvaises
Dont les becs énervés déchiquettent la nuit
Et tous ses fins esprits.

112. La cour des sultans
Est pavée de flancs
Aux œufs mollassons

Et leur porte d'or
Est un pâté mort.

113. J'ai revu Falaise
Et son clocher con
Ses gens mal à l'aise
Et son maire au fond

J'ai revu Mireille
Amour de jeunesse
J'ai pincé ses fesses
Et mangé son miel.

114. La garde fait des bulles
Dans sa caserne nulle
Et compte les saisons

Le capitaine hulule
Dans son clocher qui brûle
Et les soldats sont ronds.

115. Madame est un farceur
Et monsieur une aubaine
Pour tous les bas de laine
Qu'on retend au tendeur

Madame est un mitaine
Et monsieur une horreur
Dont le cœur est bedaine
Et la bedaine un cœur.

116. Articulant des sots
Mots qui fâchent
Dans un seau d'eau qui tache
Glougloute un être lâche.

117. Je partis en vacances
Et n'en revins jamais
Me saoulant de nuit blanche
Et de matins épais

Je partis en vacances
Et n'en revins jamais
M'effeuillant comme tranches
De rillette ou pâté

M'effondrant dans mon thé
M'engouffrant dans ma manche
Me clouant sous la planche
D'un cercueil empoté
Qu'on oublie d'emporter.

118. Les fleur sont fines
Et coupées
Sur le tapis de Chine
On les a étêtées

Elles ont ouvert des yeux pâles
Et troublés
Quand on leur a ôté
Leurs pétales

119. Je suis convaincu d'avance
Et dans ces circonstances
Rien ne sert de courir
Quand est sur le point
Déjà de revenir.

120. La Pologne s'égrène
Sur un mol tapis d'eau
Ecrabouillant ses graines
Contre l'os du ruisseau

Tandis que l'Austrasie
S'ouvre enfin l'appétit
En s'éventrant la fleur
Et la tige du ventre
Que les racines hantent.

121. Entre le doigt qui pince
Et son pardon
Se niche un ongle mince
Et son moignon
Dont l'articulation
grince

122. J'ai retrouvé Sophie
Dont l'œil à coins pâlit
Et se lézarde

Et la belle Ophélie
Dont le cœur fait du bruit
Et pétarade

123. Monsieur le confiseur
Et sa famille caillée
Défilent sans coller
Leurs doigts vite égrenés

Qui sont des grains de peau
Et d'ongle couronnés
Des têtes de ciseaux
Au corps articulé

Et les phalanges meulent
En pliant les grains seuls
Qui perdent leur peau d'os
Et font un bruit atroce.

124. Je suis l'incomparable
Interprète à deux doigts
Dont l'un sert de pédale
Et l'autre de coin coin

Quand j'appuie sur mes ongles
Sonnent des orgues creux
Dont les tuyaux qui jonglent
Sont des tringles de feu

Poinçonnées d'yeux oblongs
Et de paupières à nœuds
Comme des troncs d'érables
Qu'on pela jusqu'au râble

Je suis l'incomparable
Interprète à deux doigts
Dont l'un sert de carquois
Et l'autre d'os potable.

125. Par les fenêtres lourdes
Passe une vierge gourde
Dont la tête est un pli
Soulignant d'autres plis
Et la robe de bure
Un carcan d'os très dur
Qui lui comprime l'œil
Et lui sert de cercueil.

126. Des morceaux de dent dure
Roulent des essieux
Dans les bouches carrées de très vieux messieurs
Tandis que leurs doigts bleus
Tapotent pianotent
Sur leur plastron tout creux
Plein de fausses notes.

127. Je suis le balancier
Et l'épuisette incorporée
Le flambeau torsadé
Dans l'œil apprivoisé

Je suis le chandelier
Et le silex en dent de lait
Qui pousse à son flanc boursouflé
Comme un soupir trop réprimé.

128. Les vents mous s’emmaillottent
Et se tiennent les côtes
Dans le flot s’insinuant
Et les herbes s’affaissent
Forment des ronds de fesses
Et des fentes d’argent.

129. Je suis un clos paquet
Mouillé de tous côtés
Qui forme une enveloppe

Un clos paquet de cloques
Et de nerfs ampoulés
Comme un œuf à la coque

Lentement qu’on couronne
A la cuillère toque
Et qui se décalotte

130. Ah les fleurs qui s’ignorent
Dans les champs dehors
Et forment des trèfles !

Ah les fleurs qui s’oublient
Dans les abattis
Au milieu des nèfles !

131. J’ai rayé l’ardoise
Et vendu l’octave
A ce Matador

Dont le cœur pavoise
Et la bouche bave
Sur ses chicots morts

J’ai mangé l’ardoise
Et sur cette épave
J’ai rendu mes torts.

132.
Les dames en long font des cartons
Et s’écartèlent
Lançant de longs filets mignons
Comme escarcelles

133.
O rutilants harems
Damés de dame ancienne
Et de beaux popotins

O nacelles à chaînes
O ballons de chair saine
Et gros paquets de seins

Qu’un eunuque garde
Son cœur est en garde
Et guide sa main.

134. O carabinieri
De mon coeur
Ta bouche est infinie
Et ton coeur
Est un couloir de suie
Qui fait peur

135. Les anoblissements
Pleuvent à tireleau
Pleuvent à Guillegot
C’en devient fatigant.

136. A Medusa ! Grand coeur de cervelas
Grand paquet de foie gras
Tout en gelée très belle
O suprême cervelle !
Tu fais grand cas de moi
Je ne pense qu’à toi
Unissons donc nos moëlles
Charcutière étincelle !

137. Ah les falbalas
Les bals de chinois
Où l’on se salue
D’un chapeau pointu !

Ah les réceptions moites
Où l’on se dilate
En faisant du plat !

Les réceptions plates
Où l’on se fourvoie
Où l’on est à soi
Son Ponce Pilate !

Ah les falbalas
Les pas de guingois
Les sauts de cabri
On danse sans joie
On marche parfois
Sur des pieds qui crient.

138. J’ouvre les patenôtres de la mort de bois
Caracolons en croix et moussons dans les bois
Sur le flanc lisse et creux des arbres rebouteux

Les fleurs sont des supplices de morts de surprise
Ecarquillés dans l’œuf comme un œil qu’on a tué
Pris dans les grenouillées de son sac de paupière

Les fleurs sont des solives dans le coeur noueux
Plantées dans les boueux aplats de matière grise
Comme des pieux.

139. Dans les alpages durs crépitent les moutons
Dont la laine garnit les tripes d’édredons
Et les bergers sont longs comme des fils à plomb
Et leur cerveau crochu leur fait un hameçon !

140. Les rideaux formaient des bosses
Les fenêtres bombaient le torse
Et les portes grinçaient fort

Le lustre avait des entorses
Ses reflets jouaient du morse
Et le vicomte était mort

141. Les rutilants frimas
Les amusants guingois
Qui ornent son bâtis

Sont des clefs de parois
Qui soutiennent parfois
Ses petits éboulis

142. O la prunelle qui dit mieux
O la prunelle faisait peu
De cas de ses étincelles

O la prunelle qui dit mieux
O la prunelle dans le jeu
De ses paupières nacelles

Gonfle comme un impétueux
Et décharge à qui mieux mieux
Son lest.

143. Le Vicomte de Mafloux
A la peau du cou molle
Et sa peau de col bout
Quand le soleil la cloque

Il porte un grand chapeau flou
Et des moufles de peau morte
Le vicomte de Mafloux
Est Grand Seigneur de la Porte

Sous le chapeau il est tout roux
Seule sa calvitie dénote
Que le Vicomte de Mafloux
Cultive des idées fortes.

144. Au balcon
Matilaine matilaine
Au balcon
Fait pendre ses seins bidons

Au balcon
Matilaine matilaine
Au balcon
Fait pendre ses gros melons

Au balcon
Matilaine Matilaine
Au balcon
Fait pendre ses édredons.

145. Ah la gross’salope
Elle m’a crevée
Mes vieux yeux de taupe
Ah la gross’ salope

Ah la pov’salope
Elle m’a privé
D’mes yeux nyctalope
Ah la pov’salope

Que vais-j-eu dev’nir ?
J’ai plus d’avenir
La vie ferme et coud
Mes paupières floues

146. La tarte au moignon
Laisse dans les dents
Des petits manchons
Et leurs filaments

Les dents sont sincères
Je dis ça pour plaire
Aux Rhododendrons
Comestible ou non

Les dents sont peu fières
De leur entregent
Et l’eau des théières
Vibre tout dedans

147. Les endimanchés
Portent leur pichet
Jusqu’à la cervelle

Leur cervelle est bonne
Et passe sous l’aulne
En vraie cafetière

Où tout y bouillonne
Ca fait des lumières
Dans les réverbères.

148. Joliot Curry
Mange un hachis
Et louis Pasteur
Racle le beurre

Dessus la motte
Glande palôte
Où l’os clignote
Et fond sur l’heure.

149. Au marché des Balbutiements
J’achète des roseaux saignants
Et des matraques de pain beurre
Je n’ai pas peur !

Au marché des Hésitements
J’achète des pavés luisants
Et de beaux os, des clavicules
Je bascule

Au marché des Trottinements
J’achète des parts de vraiment
Et des excuses inutiles
Je me ventile.

150. Les rats sont des fromages
Qui s’ignorent
Le démon un roi mage
Je m’endors

Je rêve d’alpes nulles
Et de pics minuscules
Où vont et s’accumulent
Des neiges ridicules.

151. O Lucifette reine miette
Tes bas grésillent dans la soupe
Et ton coeur grille sous la loupe
De tes auscultations funestes

Tu es la pomme des mauviettes
Et tes bas tiennent tes paupiettes
Pour éviter qu’elles répandent
Leur viande

152. Sur le pic d’Aquabon
Pays de villes bonnes
Et de vrais clochetons

Un drapeau droit tétonne
Et forme du nichon
La pointe nonne

Dans le ciel qui fronçonne
Passent des oiseaux mornes
Et des nuages longs.

153. Je fume le cigare
D’autres fument la tiare
Et certains la soupière

Je bois de l’arnica
D’autres boivent des joies
Et des drames amers.

154. Le Roi a dit
Et c’est cochon
Qui s’en dédit

Le Roi insiste
Allons, c’est bon
Soyons pas tristes

Le Roi gémit
Son sceptre est long
Mais il vacille

Perd sa cédille
Le Roi est nul
Sans particule

155. A la partie fine
Points de gros mollets
Les poils se dessinent
Sous les pourpoints noués

On se plie l’échine
Défait le corset
Ote la résine
Râcle le poulet

Jusqu’à l’os ingrat
Sous le gel en gras
Vertèbre en gésine
Sous la paraffine

A la partie fine
Pris dans la résine
On se désenglue
Puis se réenglue

156. Bas de coudrier
Sur ses jambes en V
Chaussures à culasse
Mais bien éculées

Et son baudrier
Serre son filet
Autour de l’échasse
Comme le boucher